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12 septembre 2019

Evaluations nationales CP-CE1, saison 2 : les suites

La saison 2019-2020 des évaluations CP et CE1 s’annonce.
Ces évaluations se dérouleront en 2 temps du lundi 16 au vendredi 27 septembre 2019 et du 20 au 31 janvier 2020 pour les CP. La saisie des réponses des élèves doit se faire entre le 16 septembre et le 11 octobre. Les résultats individuels et par classe devraient être disponibles, après saisie, à partir du 8 octobre.

Retour sur 2018-2019

Tout autant que l’an passé, ces évaluations restent le levier d’une politique éducative que le SNUipp-FSU n’a cessé, et continue de dénoncer.
Dès la mise en place des évaluations en 2018-2019, le SNUipp-FSU a produit des analyses et replacé ce protocole ministériel dans l’ensemble plus large de la politique éducative conduite : celle qui ne réduit pas les inégalités, qui veut mettre les établissements en concurrence, celle de la sélection (c’est Parcoursup par exemple) comme des apprentissages fondamentaux laissant de côté des pans entiers des apprentissages (dans et hors les disciplines évaluées).
Globalement, le ministère a joué la carte de l’autoritarisme et des pressions inédites ont été exercées sur les collègues et/ou les écoles. Des départements nous ont fait remonter des menaces ou sanctions variables allant du rappel à l’ordre, courriers, appels téléphoniques, visites d’écoles, convocations par l’IEN, jusqu’au retrait de salaire, la mention de service non fait au dossier des enseignants ou l’interdiction faite aux directions d’attribuer des classes de CP ou de CE1 à certain-es collègues. Le SNUipp-FSU a soutenu et accompagné les collègues concernés. En Savoie, l’IA n’est pas allé plus loin, mais nous savons qu’il n’aura pas la même "indulgence" cette année.
Une campagne syndicale qui a forcé le ministère à certains bougés : la somme des actions et interventions du SNUipp-FSU, dans les départements et au niveau national, a empêché le ministère de développer le pilotage par l’évaluation autant que JM Blanquer le souhaitait, il n’y a pas de généralisation des évaluations à tous les niveaux de classe. D’autres modifications sont à noter : les nouvelles évaluations sont plus courtes avec un seul livret et 5 séquences de 10mn, le temps de saisie est diminué, la saisie pourra commencer dès le début des passations. Une part plus importante serait accordée à « la compréhension », même s’il ne s’agit que de la compréhension orale, et toujours pas d’une compréhension qui se construirait avec tous les signes visuels de la langue (conscience orthographique), ou grâce à une découverte de l’univers de l’écrit et de ce qu’il offre de prise sur le monde… Les « résultats » seraient consultables dès le 8/10.

2019-2020 : les suites

Pour cette campagne 2019-2020, le SNUipp-FSU décide de poursuivre sa campagne d’information et d’actions contre ces évaluations, élément central d’une politique éducative plus large que le SNUipp-FSU dénonce. Les évaluations sont un outil pour faire glisser le métier d’enseignant d’un métier de conception vers un métier de simple exécution, pour centrer les apprentissages sur les "fondamentaux lire écrire compter" et engager un pilotage du système éducatif par les résultats. La réduction du curriculum que les évaluations entraînent sera préjudiciable notamment aux élèves dont la culture familiale est éloignée de la culture scolaire.

Si nous pouvons faire le constat de l’intérêt incontestable de la profession pour notre campagne syndicale l’an passé, nous avons noté également un décalage important entre l’appropriation de nos analyses par nos collègues et leur très faible engagement dans la consigne de boycott (non passation) et/ou non remontée des évaluations nationales standardisées. Suite aux retours du Conseil National du SNUipp-FSU des 11 et 12 septembre 2019, et des retours des collègues auprès du SNUipp-FSU 73, il apparaît que la pression hiérarchique mise en œuvre l’an dernier a porté ses fruits , d’autant plus que la loi Blanquer, adoptée malgré la forte mobilisation, prévoit des sanctions allant du retrait de salaire à la mise à pied.

Le SNUipp-FSU 73 soutiendra et défendra les collègues qui décideraient de s’opposer à ces évaluations d’une manière ou d’une autre, en ne faisant pas passer ces évaluations, en les adaptant (choix des items et exercices réalisés), en ne saisissant pas tout ou partie des résultats.

Le SNUipp-FSU 73 propose aux collègues quelques outils pour exprimer leur désaccord avec ces évaluations :

  • Motion à faire voter en conseil des maîtres et à envoyer à votre IEN préféré :
    PDF - 29.9 ko
    motion_evaluation_rentree_2019
  • Lettre aux parents à donner au lieu de celle du ministère qui annonce un calendrier intenable :
    PDF - 28.2 ko
    lettre_aux_parents_evaluations_rentree_2019
  • Rappel des droits des parents à s’opposer et faire réclamation :

"Vous pouvez accéder aux données concernant votre enfant et exercer vos droits d’accès, de rectification, de limitation et d’opposition au traitement à l’adresse suivante : www.education.gouv.fr/evalua...

Pour toute question sur le traitement de vos données dans ce dispositif, vous pouvez contacter le délégué à la protection des données du ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse à l’adresse suivante : www.education.gouv.fr/contact-DPD

Si vous estimez, après nous avoir contactés, que vos droits ne sont pas respectés ou que ce dispositif n’est pas conforme aux règles de protection des données, vous pouvez adresser une réclamation auprès de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL)."

Des arguments pour débattre et convaincre

-  Décryptage vidéo des évaluations 2019

Où nous conduisent ces évaluations ? A lire ci-dessous ou en téléchargeant la publication spéciale du SNUipp-FSU, « évaluations : où nous conduisent-elles ? »

LIRE AUSSI l’analyse détaillée ICI

- Les résultats de l’enquête du SNUipp-FSU

  • Les conditions de passation ne correspondent pas aux exigences de la maternelle et provoquent du stress chez les élèves de CP : items chronométrés, modalité papier-crayon exclusive, difficulté de repérage sur la feuille, contenus ne prenant pas en compte les activités et les apprentissages réels mis en œuvre dans les classes.-Les contenus des items sont déroutants et ne concernent que quelques compétences jugées prioritaires par le ministère. Un accent fort est porté sur la phonologie et les connaissances de bas niveau alors que les évaluations internationales mettent en évidence des difficultés de compréhension chez les élèves français.
  • Le temps réel global de passation ne correspond pas au temps indiqué par le guide, les enseignants l’évaluent en moyenne à une demie journée par cahier. À cela s’ajoute la complexité des consignes qui ne sont pas comprises par les élèves, nécessitant des explications supplémentaires. La durée impartie aux exercices chronométrés doit le plus souvent être adaptée pour éviter désarroi et stress.
  • La saisie des réponses des élèves est fastidieuse et nécessite que les enseignantes et enseignants y consacrent un temps très important. Les difficultés de connexion et les insuffisances du logiciel ont provoqué de nombreux bugs.
  • Le retour aux familles nécessite aussi un temps conséquent. À raison de 20 minutes en moyenne, il correspond à une dizaine d’heures en dehors des horaires de classe.
  • Le ressenti du corps enseignant est globalement très négatif : travail fastidieux pour les élèves comme pour les PE pour un résultat jugé peu utile. Les difficultés des élèves sont déjà repérées, les tests n’apportent que peu d’indications sur leur nature et les remédiations proposées relèvent prioritairement de la répétition et l’entraînement.

Résultats de l’enquête du SNUipp-FSU à retrouver en cliquant ici

- Des notes de la DEPP qui en disent long

La généralisation des évaluations standardisées poursuit bien d’autres objectifs que la simple mise à disposition de « repères » sur le niveau d’acquisition des élèves. Les trois notes produites par la DEPP en avril 2019 sur l’analyse des résultats CP et CE1 le démontrent explicitement. Inscrites dans une logique de pilotage hiérarchique renforcé, visant le cœur des pratiques enseignantes, les évaluations constituent le levier de mise en œuvre d’un modèle pédagogique promu par le ministère et alimenté par des guides et ressources officielles. Liberté pédagogique et accès de tous les élèves à une culture commune sont remis en cause.

- Des évaluations qui n’ont pas pour but d’évaluer les élèves

Aussi bizarre que ça puisse paraître, ce ne sont pas les apprentissages des élèves qui sont observés. Leurs résultats sont en fait recensés puis des seuils de réussite sont déterminés... pour qu’il n’y ait ni trop ni trop peu d’élèves dans chaque groupe (sans difficultés, fragiles ou en difficulté). Ces seuils ont été déterminés arbitrairement ou uniquement en fonction des priorités - contestables - que le ministre a édictées (par exemple, la lecture orale de 30 mots par minute à la fin du CP). Elles ne sont pas communiquées aux enseignantes et enseignants avant la passation, et pour cause. Pour certains items, il suffisait de donner la moitié de bonnes réponses pour ne pas être considéré en difficulté quand pour d’autres, il en fallait 12 sur 15. Et il suffisait souvent d’une seule réponse inexacte pour passer dans le groupe « fragile » ou « en difficulté ». Dans cette approche du traitement des difficultés d’apprentissage, les enseignants sont invités à se référer à des normes nationales, pas à leurs évaluations personnelles réalisées au cours des activités ordinaires d’enseignement. Fixer ces normes sans qu’elles ne soient jamais fondées sur un étalonnage scientifique est donc la première fonction des évaluations ministérielles CP-CE1.

- Des résultats peu fiables

Compte-tenu des difficultés de passation et du décalage entre ce qui avait déjà été travaillé en classe et le contenu des évaluations, nombre d’enseignantes et d’enseignants ont adapté les consignes très strictes qui leur avaient été données pour ne pas placer artificiellement leurs élèves en échec. Ces adaptations ne sont bien sûr pas prises en compte dans l’analyse des résultats.

-  On apprend qu’à l’école... on apprend !

Au cours du CP, les progrès en phonologie sont spectaculaires : de 23% d’élèves en difficulté en octobre on passe à 3.3% en février ! Que dire alors des 20% qui sont sortis de la case « en difficulté » ? Tant qu’ils n’avaient pas appris, ils ne réussissaient pas, ce qui confirme l’intérêt d’aller à l’école pour apprendre ! Et surtout que les étiqueter « en difficulté » en début d’année est abusif et certainement très anxiogène pour eux et leur famille. Si les progrès sont si spectaculaires, on peut aussi faire l’hypothèse que c’est parce que les apprentissages ont lieu au bon moment : c’est un argument pour refuser qu’ils soient transférés à la maternelle, ce qui ne manquerait pas de mettre des élèves en difficulté.

- Des conclusions qui n’apportent rien

Les évaluations internationales le pointent régulièrement : en France, les résultats des élèves sont très dépendants de leur origine sociale. Les analyses de la DEPP vont dans le même sens : les élèves hors éducation prioritaire (EP) réussissent mieux que les élèves en EP et les élèves en REP+ obtiennent des résultats encore plus faibles.
De même, signaler avec insistance que les résultats des établissements privés sont meilleurs que ceux du public sans faire référence aux différences sociologiques de recrutement, c’est abuser le lecteur. Rappelons que « toutes choses égales par ailleurs », le public obtient de meilleurs résultats que le privé dans la plupart des études sur les performances scolaires.On peut aussi en tirer une conclusion embarrassante pour le ministère : les dédoublements en REP et REP+ sont loin de faire leurs preuves et le « 100% de réussite au CP » apparaît pour ce qu’il était, un slogan pour rallier la population à des thèses très controversées par les professionnels de l’éducation et la recherche en sciences de l’éducation.

- En quoi ce dispositif pose-t-il problème ?

C’est au détour d’une phrase, présente dans chacune de 3 notes de la DEPP, que la réponse nous est donnée : « Ce dispositif s’inscrit dans une stratégie appelée Réponse à l’intervention qui a fait ses preuves dans d’autres pays ». Ces pays, ce sont les États-Unis et le Canada. Et ce nouveau protocole bouleverse le métier.

- La réponse à l’intervention (RAI), késako ?

Le dispositif promeut une individualisation de la prise en charge pédagogique. Les évaluations répétées (trois fois par an) servent à évaluer les progrès réalisés et à ajuster le dispositif de remédiation en conséquence. Pour :-identifier les élèves à risque de difficultés d’apprentissage -adapter l’intensité et la nature des remédiations « à la réponse des élèves aux interventions effectuées »-le groupe classe et les élèves ne sont pas considérés comme un collectif devant construire des connaissances, grâce à des activités d’enseignement variées proposées par l’enseignante ou enseignant et grâce à la dynamique pédagogique collective qui bénéficie à l’ensemble des élèves. C’est chaque élève qui est censé franchir des paliers dans un certain ordre, avec l’idée que certains (environ 15%) devront suivre un entraînement encore plus fragmenté et répétitif pour franchir les mêmes étapes que les autres. Environ 5% des élèves seront traités de manière plus spécialisée. L’enseignement consiste à suivre un protocole répondant à un fonctionnement prévisible et prévu des apprenants.

- Vers une pédagogie officielle ?

Dans les pays concernés par la RAI, il est demandé aux enseignantes et enseignants de mettre en œuvre le protocole suivant : ajouter un temps d’enseignement intensif et régulier en petits groupes pour les élèves jugés « en difficulté » à l’issue des tests, de 20 à 45 minutes par jour, trois à cinq fois par semaine, pendant 8 à 15 semaines. Elles et ils doivent trouver les réponses aux besoins identifiés par les évaluations : à un déficit en fluence, par exemple, on répondra par un entraînement intensif en fluence, sans envisager d’autres stratégies qui donneraient du sens à ces apprentissages.Avant même les séquences d’entraînement destinées à certains élèves, c’est tout l’enseignement qui est magistral et modulaire : les compétences complexes sont découpées en compétences de base, travaillées par étapes dans un ordre pré-établi et l’élève est soumis à des activités de répétition et d’entraînement.Le ministre à grands renforts de guides, ressources et circulaires, promeut la RAI : un protocole, une démarche frontale et des outils, qui seraient imposés aux enseignants. Cette pratique vise à n’enseigner que ce qui est évalué. La remédiation, individuelle ou collective, est une activité menée par les enseignants au quotidien, ils doivent pouvoir choisir les outils les mieux adaptés aux besoins de leurs élèves et aux progressions qu’ils et elles construisent.

Conséquences sur les élèves

    • un étiquetage précoce
    • une scolarité stressante scandée par des évaluations
    • une réduction des apprentissages à ce qui est évalué
    • l’individualisation des apprentissages et l’isolement dans le groupe-classe
    • une entrée dans les apprentissages par une seule voie, celle imposée par le ministère
    • une attention portée sur les compétences de bas niveau et évaluables alors que les évaluations internationales pointent des difficultés des élèves français sur les compétences de haut niveau (compréhension implicite, résolution de problèmes)
    • l’abandon de la dimension culturelle des savoirs

Pour le personnel enseignant

    • une limitation de leur pouvoir d’agir et de leur liberté pédagogique
    • leur mission pilotée par les évaluations
    • l’augmentation des pressions hiérarchiques
    • le renoncement à l’ouverture culturelle pour tous les élèves

Pour aller plus loin :

- Apprendre à lire, oui mais comment ? Le 4 pages .

Le ministre, à grand renfort de guides, prône la méthode syllabique. Dix organisations d’une même voix répondent que lire ne se limite pas à décoder ou à oraliser le plus rapidement possible. Apprendre à lire est une opération complexe et lire c’est comprendre.

Depuis son arrivée, le ministre de l’éducation nationale réduit la lecture à la syllabique, minorant l’importance de la compréhension et du sens mis dans les activités.br> La publication éditée par dix organisations dont le SNUipp-FSU décrypte les prescriptions ministérielles, en les confrontant aux travaux de la recherche. Elle revient sur la complexité de cet apprentissage et le rôle crucial qu’ont les enseignantes et enseignants des écoles pour concevoir les apprentissages. Cette publication permet de les conforter dans leur professionnalité, d’apporter des arguments pour expliquer aux parents que l’acte de lire n’est pas si simple et dénoncer les discours ministériels.

- Le dossier SNUipp-FSU de "Fenêtres sur cours"

- L’analyse de Roland Goigoux

 

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